Jean Mascii

1926 – 2003

Jean Mascii est né dans un foyer d’artisans d’art. Son père, doreur sur carrosse, travaille à Pistoia, près de Florence. Il lui transmet le goût du travail appliqué et bien fait. Sa mère étant couturière, d’une certaine manière, on peut dire que sa famille lui a transmis la tradition du Beau. Enfant, Jean Mascii découpe et fabrique des théâtres miniatures. Il n’a aucune formation académique, et fut simplement inscrit à un collège technique. Ses parents, fuyant le fascisme, quittent l’Italie pour la France alors qu’il a 6 ans.

Jean Mascii a composé plus de deux mille affiches pour le cinéma, avec un art achevé du portrait, du dessin et de la composition.
Avant de devenir affichiste, il est décorateur dans un atelier spécialisé dans les façades de cinéma. La Dame de onze heures de Jean Devaivre, tourné en 1947, est l’une des premières affiches de Jean Mascii. De 1952 à 1955, il travaille en exclusivité pour Marcel Ollier et son agence CAP (Consortium des Arts Publicitaires), installée à la salle de l’Empire (avenue Wagram à Paris). Durant ces années-là, il crée des affiches pour des films réédités comme Pontcarral, colonel d’Empire (Jean Delannoy, 1942), Circonstances atténuantes (Jean Boyer, 1939), Les Feux de la rampe/Limelight (Charlie Chaplin, 1952), mais aussi pour des films de première exclusivité, comme Rue de l’Estrapade (Jacques Becker, 1952).

Dès 1955, Mascii travaille pour son propre compte et son talent est immédiatement reconnu. Il possède cette qualité si bien appropriée à la création d’affiches : l’art du portrait. Il sait, à l’aide de ses crayons, reproduire mieux qu’une photo les traits singuliers de telle actrice, de tel acteur, et il ajoute à tous ces visages une dimension irréelle qui leur permet ainsi de se graver dans l’imaginaire des spectateurs. Son style est intimement lié aux années 1950 et 1960 : les portraits de Gérard Philipe dans Montparnasse 19 (Jacques Becker, 1957), de Marie Laforêt et d’Alain Delon dans Plein soleil (René Clément, 1960) en sont des exemples parfaits. Mais l’art de Jean Mascii est également un art de la composition. Ainsi pour l’affiche Désirs humains/Human Desire (Fritz Lang, 1954), il construit une composition pyramidale : Glenn Ford empoigne par les cheveux Gloria Grahame, de manière sadique ; l’illustrateur a pris soin de détailler le corsage de l’actrice afin de donner au visuel un pouvoir érotique. En haut de la composition, le personnage interprété par Broderick Crawford, appelé à mourir dans le film, est déjà revêtu de la couleur jaune cadavérique. En opposant les couleurs (le rouge du sang, de la passion et le jaune « cadavre »), Jean Mascii réalise, pour ce remake de La Bête humaine de Jean Renoir (d’après Émile Zola) une très grande affiche. À cette époque, il travaille aussi pour la Rank, pour Warner Bros (La Fièvre dans le sang/Splendor in the Grass, d’Elia Kazan en 1961) pour Columbia ou encore pour Cocinor. L’affiche du film 1900/Novecento (Bernardo Bertolucci, 1975) est un morceau de bravoure : la composition a nécessité l’ajout d’une kyrielle de personnages qui se mêlent les uns aux autres pour former le titre « 1900 », ce qui demanda beaucoup de temps à Jean Mascii. L’affiche existe en format horizontal et en format vertical. Mais Jean Mascii n’a quasiment pas fait de photomontage, l’art du dessin étant une de ses constantes. Ainsi l’affiche du film L’Africain (Philippe de Broca, 1983), très dessinée, avec sa mise en exergue de la chevelure blonde de Catherine Deneuve, semble déjà appartenir aux années qui précèdent.

Dans les années 1980, Mascii conçoit les affiches des films qui mettent en vedette Jean-Paul Belmondo. Mieux encore peut-être que les films eux-mêmes, il crée l’archétype de l’image populaire de Belmondo, que d’aucuns trouvent commerciale, lui qui jusqu’alors alternait cinéma grand public et cinéma d’auteur : Flic ou voyou (Georges Lautner, 1979), Le Guignolo (1980), Le Professionnel (1981).

Jean Mascii travaille aussi pour la publicité : dans les années 1980, il signe une campagne remarquée pour RTL, avec les portraits de plusieurs animateurs de la station comme Philippe Bouvard ou Anne-Marie Peysson. À la même époque, il signe aussi une affiche pour la chanteuse Mireille Mathieu.

Il a également composé des couvertures de livres pour les éditions J’ai lu.

Source: Ciné-Ressources